Archive pour novembre 5, 2007

Amistad

Posted in Déroulement rolpoup, Films on novembre 5, 2007 by rolpoup

 

 

Amistad, réalisé par Steven Spielberg, 1997

Durant l’été 1839, 53 africains enlevés à leur sol natal, enfermés dans la cale d’un bateau, La Amistad, se dirigeant vers les côtes américaines, se rebellent.
Guidés par Cinque (Djimon Hounsou), ils se déchaînent, s’arment et exigent leur liberté. Leur seul but est de revenir en Afrique.
Proches de Cuba, et sans aucune expertise en matière de navigation, ils sont obligés de faire confiance à deux des survivants. deux mois plus tard, La Amistad aborde sur les rivages du Connecticut.
Les Africains sont accusés de meurtre et de piraterie. Un esclave affranchi (Morgan Freeman) et un homme d’affaire abolitionniste prennent alors leur défense, engageant un jeune avocat (Matthew McConaughey).
Un aspect du conflit juridique concerne la qualification du procès (droit commercial ou droits de l’Homme).
Le procès devient un symbole de cette Amérique divisée qui se déchirera quelques années plus tard. Un ancien Président et le Président Van Buren (Nigel Hawthorne) s’affrontent devant le peuple mais aussi devant la Cour Suprême.
Leur sacrifice pourrait apaiser le Sud, tandis que Van Buren court après sa réélection. Il fait donc appel d’un premier jugement, ce qui fait sortir de sa retraite l’ex-président Adams (Anthony Hopkins), fils d’un des fondateurs de la nation américaine.
Le débat se déplace, ébranlant les bases d’un système. Il s’agit désormais du combat de chaque homme : la liberté.

 

amistad.jpg

 

La Amistad est le nom d’une goélette à deux mâts du XIXe siècle. Fabriquée aux États-Unis, elle porta d’abord le nom de Friendship avant d’être renommée lors de son rachat par un Espagnol. La Amistad est devenu un symbole du mouvement pour l’abolition de l’esclavage après la mutinerie d’un groupe d’esclaves africains transportés à bord en 1839.

Le 2 juillet 1839, un groupe d’Africains est mené par Joseph Cinqué abord du navire La Amistad dans une révolte face à leur geôliers. Leur transport d’Afrique vers l’Amérique était illégal et pour cela, les Africains ont frauduleusement été déclarés nés a Cuba. Après leur révolte, les Africains demandèrent à retourner chez eux mais le capitaine les trompa sur leur destination et les mena vers le nord, le long de la côte nord américaine vers Long Island à New York. Les Africains furent pris par le Connecticut et puis vendus comme esclaves. La goélette fut substantiellement prise la par la marine américaine. Il y eut ensuite un procès sur le navire et sur le statut des Africains captifs. Cet incident fait parti des prémices de l’abolitionnisme aux Etats Unis.

 

amistad3.jpg

 

Au sens le plus strict, La Amistad n’était pas un navire d’esclaves parce qu’elle n’était pas aménagée pour transporter des esclaves. La Amistad était engagée dans un simple commerce côtier. La première cargaison transporté par La Amistad était du sucre produit industriellement, et sa route normale était de La Havane à son port d’attache Guanaja. Elle transportait parfois des passagers et plus rarement des esclaves. Les captifs que transportaient La Amistad durant l’incident avait été amenés illégalement à Cuba par le navire esclave Tecora.

Les vrais navires esclaves comme le Tecora étaient utilisés pour transporter le plus d’esclaves possibles. Une de leurs caractéristiques de construction était la demi hauteur entre les ponts obligeant les esclaves en chaînes à rester en position allongée ou assise. La hauteur n’était pas suffisante pour rester debout ce qui n’était pas souhaitable pour un navire. L’équipage de La Amistad manquait de place pour les esclaves. 53 captifs furent placés dans la cale et l’autre moitié sur le pont. Les captifs étaient relativement libres de bouger et cette liberté de mouvement leur a permis de mener leur révolte et de prendre les commandes du vaisseau.

(Cf. http://www.ecrannoir.fr/films/97/amistad/film.htm
http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Amistad)

 

 

 

 

le film ici
*


Vers la même époque, en France :


1794 : 1ère abolition de l’esclavage

Dans les îles coloniales françaises, aux lendemains de la Révolution, des rumeurs de libération parcourent les ateliers, expliquant ainsi les révoltes successives tant à Saint-Domingue qu’aux Iles du Vent.
Les discours de l’assemblée n’ayant abouti à rien, c’est cette révolte qui précipite les événements.
Arrivé le 19 septembre 1792 à Saint-Domingue, Sonthonax, commissaire civil et Ami des Noirs, apprend quelques mois plus tard l’avènement de la République. Il demande alors qu’on statue sur le sort des noirs de Saint-Domingue (février 1793).

Aucune décision n’est prise mais un décret de mars 1793 autorise les gouverneurs civils à user provisoirement de mesures exceptionnelles afin de maintenir la paix. Craignant que Sonthonax l’invoque pour libérer les esclaves, les colons présents à Paris réussissent à empêcher l’expédition de ce décret vers Saint-Domingue.

En métropole : si la République montagnarde peut revendiquer à juste titre l’abolition de l’esclavage elle doit beaucoup à l’œuvre des Amis des Noirs, dont beaucoup sont des Girondins. On cite souvent Robespierre en lui attribuant une vertueuse phrase de 1791 : « Périssent les colonies plutôt qu’un seul de nos principes! » Dans le contexte de 1791, la parole lui est facile. Plus révélatrice est cette lettre datée de novembre 1793 où, achevant d’enterrer ses défunts adversaires, il assimile l’abolitionnisme brissotin à une menée séditieuse.
La marche à l’abolition s’accélère à la suite du décret du 28 mars 1792 puis après l’avènement de la République. Des bataillons se portent volontaires pour aller planter l’étendard de la liberté à Saint-Domingue.

Il faut toutefois rester prudent sur le rôle attribué aux Amis des Noirs et aux théoriciens continentaux, depuis « Montesquieu, qui est le type même de la mystification. On ne lit pas ce qu’il a écrit, on prétend donner à des fragments de phrases ou d’idées un sens contraire à celui contenu dans ses écrits. Montesquieu était un Machiavel français en politique, ce n’est pas un tenant de la vertu. En faire un droit-de-l’hommiste comme on dit aujourd’hui, c’est se tromper totalement, telle n’était pas sa préoccupation. Il a été extrêmement utilisé à l’école, médiatisé. [Il faut] démystifier, ainsi que Césaire l’a si bien fait dans « Toussaint-Louverture, la révolution française et le problème colonial », tous les amis des Noirs qui n’étaient pas favorables à leur émancipation immédiate. C’est du paternalisme, ce sont des faux-amis. » (Odile Tobner – interview. Cf. Odile Tobner, Du racisme français. Quatre siècles de négrophobie, éd. Les Arènes, 2007.)

« Quand Toussaint-Louverture vint, ce fut pour prendre à la lettre la déclaration des droits de l’homme, ce fut pour montrer qu’il n’y a pas de race paria ; qu’il n’y a pas de pays marginal ; qu’il n’y a pas de peuple d’exception. Ce fut pour incarner et particulariser un principe ; autant dire pour le vivifier. Dans l’histoire et dans le domaine des droits de l’homme, il fut, pour le compte des nègres, l’opérateur et l’intercesseur. Cela lui assigne sa place, sa vraie place. Le combat de Toussaint-Louverture fut ce combat pour la transformation du droit formel en droit réel, le combat pour la reconnaissance de l’homme et c’est pourquoi il s’inscrit et inscrit la révolte des esclaves noirs de Saint-Domingue dans l’histoire de la civilisation universelle. S’il y a dans le personnage un côté négatif — difficilement évitable d’ailleurs eu égard à la situation — c’est en même temps là qu’il réside : de s’être davantage attaché à déduire l’existence de son peuple d’un universel abstrait qu’à saisir la singularité de son peuple pour la promouvoir à l’universalité » (Aimé Césaire, Toussaint-Louverture, la révolution française et le problème colonial, Paris, Présence africaine, 2004, p. 344-345).

Le 4 juin 1793, arrive à la Convention une délégation des Américains (des colonies françaises d’outre-atlantique) libres, porteuse d’une pétition opposée à l’esclavage. Revenant à la charge, l’abbé Grégoire demande l’abolition. Il échoue de nouveau mais réussit à faire supprimer les primes à la traite (27 juillet 1793). Alors qu’on peut craindre de nouveaux atermoiements, Sonthonax place la Convention devant le fait accompli. Prétendant avoir reçu par voie de presse, le décret de mars 1793, le commissaire de la République décide, le 29 août 1793, de la liberté générale. Il organise alors l’élection de députés qu’il envoie à Paris : Jean-Baptiste Belley, Louis-Pierre Dufay, et Jean-Baptiste Mills.

Les trois hommes arrivent à la Convention le 3 février 1794 (15 pluviôse an II). Leur parcours a été semé d’embûches. Ils ont été arrêtés à deux reprises à Lorient puis à Paris.
Fustigeant l’aristocratie cutanée, le Président, leur donne l’accolade fraternelle. Après le discours de Belley, la Convention peut-elle encore retarder l’abolition ? Lacroix demande que l’assemblée ne se déshonore pas par une discussion. Rédigé par Lacroix et voté par acclamation, le texte définitif d’abolition de l’esclavage est décrété le 16 pluviôse an II.
Danton est au mieux de sa forme : « Jusqu’ici, nous n’avions décrété la liberté qu’en égoïstes, pour nous seuls ; mais aujourd’hui (…) nous proclamons la liberté universelle (…)« .
La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1793 est complétée en conséquence :

Art. 18 – Tout homme peut engager ses services, son temps ; mais il ne peut se vendre, ni être vendu ; sa personne n’est pas une propriété aliénable. La loi ne reconnaît point de domesticité ; il ne peut exister qu’un engagement de soins et de reconnaissance, entre l’homme qui travaille et celui qui l’emploie.

Reste qu’il a fallu une politique du fait accompli, ajoutée à l’effet sensationnel produit par Belley, pour faire admettre l’application d’un droit reconnu depuis le 26 août 1789.

 

Bonaparte, premier consul de la République, signe le 10 prairial An X (30 mai 1802), le décret rendant exécutoire la loi du 30 floréal An X (20 mai 1802).

« Au nom du peuple français,
Bonaparte, premier Consul, proclame loi de la République le décret suivant, rendu par le Corps législatif le 30 floréal an X, conformément à la proposition faite par le Gouvernement le 27 dudit mois, communiquée au Tribunat le même jour.

Décret
Art. 1. Dans les colonies restituées à la France, en exécution du traité d’Amiens du 6 germinal an dix, l’esclavage sera maintenu conformément aux lois et règlements antérieurs à 1789.
Art. 2. Il en sera de même dans les autres colonies françaises au delà du Cap de Bonne Espérance.

Art. 3. La traite des noirs et leur importation dans les dites colonies auront lieu conformément aux lois et règlements existants avant la dite époque de 1789.
Art. 4. Nonobstant toutes lois antérieures, le régime des colonies est soumis, pendant dix ans, aux règlements qui seront faits par le Gouvernement.

Collationné à l’original, par nous président et secrétaires du Corps législatif. A Paris, le 30 Floréal, an X de la République française. Signé Rabaut le jeune, président ; Thiry, Bergier, Tupinier, Rigal, secrétaires.
Soit la présente loi revêtue du sceau de l’État, insérée au Bulletin des lois, inscrite dans les registres des autorités judiciaires et administratives, et le ministre de la justice chargé d’en surveiller la publication.

A Paris, le 10 Prairial, an X de la République.
Signé : Bonaparte, premier Consul.
Contre-signé : le secrétaire d’État, Hugues B. Maret.
Et scellé du sceau de l’État.
Vu, le ministre de la justice, signé Abrial. »

 

1815 : Abolition de la Traite

Le Traité de Vienne, entérinant la défaite de la France napoléonienne, lui impose l’abolition de la Traite (c’est-à-dire du trafic et du commerce esclavagistes) :
« la traite répugne aux principes généraux de la morale et de l’humanité… que l’opinion publique dans tous les états civilisés en réclame hautement la prompte suppression, que les plénipotentiaires des puissances européennes, réunis en congrès déclarent que le désir de leurs souverains est de mettre un terme au fléau qui désole l’Afrique, avilit l’Europe et afflige l’humanité ».

 

1848 : 2ème abolition de l’esclavage

IIème République. Victor Schoelcher, sous-secrétaire d’Etat à la Marine, décrète le 4 mars 1848 « que nulle terre française ne peut plus porter d’esclaves », et qu’une commission est institué afin de préparer l’acte d’émancipation. Le décret final est adopté le 27 avril par le gouvernement provisoire.

Seule la colonie de la Guyane applique le texte dans le respect de la légalité républicaine. Arrivé le 10 juin, le décret y est aussitôt promulgué par le gouverneur. Aux Antilles, depuis mars 1848, la rumeur d’une proche abolition parcourt les ateliers. Le 10 avril, arrive le décret Schoelcher du 4 mars qui condamne moralement l’esclavage.
« L’esclavage n’est pas encore aboli, il faut travailler encore pour le bénéfice des maîtres sans écouter les libres oisifs (…)« . On est alors en pleine campagne sucrière. Les 22 et 23 mai 1848, l’insurrection éclate à Saint-Pierre. Le 23, le gouverneur de la Martinique décrète la liberté, « considérant que l’esclavage est aboli en droit« . L’information est publiée le 24. La Guadeloupe doit suivre sous peine de recrudescence des troubles. C’est chose faite le 27 mai 1848.

Aux Mascareignes, les commissaires ayant atteint la Réunion le 18 octobre 1848, les planteurs obtiennent un sursis gubernatorial reportant la libération des esclaves au 20 décembre.
Aux élections suivantes, les colonies envoient à l’assemblée des députés de toutes origines.

(Cf. le site de Dominique Chahuant : http://abolitions.free.fr/
et particulièrement : http://abolitions.free.fr/article.php3?id_article=30 ;
http://abolitions.free.fr/article.php3?id_article=130 ;
http://abolitions.free.fr/article.php3?id_article=35.
Cf. http://www.malango.fr/histoire-esclavage.htm)

 

 

Décalogue :

« Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai libéré de l’esclavage »
(Exode, ch. 20)

 

 

 

 

Publicités