Noël

 

 

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Un âne auprès de Jésus dans l’étable de la Nativité. On parle d’un bœuf aussi…

Mais comment se fait-il que les textes des évangiles de Noël n’y fassent pas allusion ?

En premier lieu nous est dressé l’arrière-plan, le fond sombre du tableau : des hauts personnages : un empereur romain qui fait recenser toute la terre chez Luc ; et chez Matthieu un roi qui ne supporte pas qu’un enfant naissant dans l’anonymat risque de le concurrencer !…

La gloire de ce monde ; la richesse, les lumières de la ville, des hôtels pleins de gens dignes, au point qu’il n’y a pas de place pour le plus humble.

Plus près de la crèche, encore des êtres glorieux, plus glorieux encore d’ailleurs, en vérité: des anges, êtres célestes ; chez Matthieu, près de l’enfant, des Mages, hauts dignitaires de terres lointaines.

Puis — rapprochons-nous, encore —, les premiers arrivés pour accueillir le nouveau-né, ceux auxquels les anges qui les ont avertis ont laissé la place : des bergers. Là, on est sur la piste, celle sur laquelle nous met l’Évangile… celle de l’humilité. Mais toujours pas d’âne ou de bœuf, me direz-vous…

Reprenons : dans les sphères de la gloire humaine, là où tout brille, les grands de ce monde, l’arrière-plan du tableau, ce qui se voit bien, c’est un empereur qui ballotte une humble famille sur les routes poussiéreuses pour mener à bien son recensement. C’est aussi un roi, malade de son pouvoir, au point de voir dans toute ombre qui se dessine une menace pour son avenir, jusqu’à attenter à la vie des enfants de Bethléem. Folie de la grandeur !

Puis nous est dessinée une autre gloire, cachée, mais d’un vrai prix, celle-là : la gloire céleste du chœur des anges, qui pour leur part, savent désigner ce qui est important ; comme les Mages, chez Matthieu, qui ont su le reconnaître.

Des Mages qui s’en retournent par un autre chemin. Des anges qui se retirent dans les lieux très hauts… et envoient des humbles parmi les humbles, les bergers comme témoins de ce qui se passe en ce qui est alors révélé comme le lieu le plus important de l’univers : une mangeoire, une crèche… où vient d’être déposé un enfant qui vient de naître…

Mais me direz-vous, où est le bœuf ? Où est l’âne ? Les bergers nous ont mis sur la piste : on sait bien que le bœuf ou l’âne ne sont jamais bien loin des bergers et des étables.

Savez-vous où paraît la première fois un âne dans les évangiles ? C’est aux Rameaux. Lors de l’entrée royale de Jésus à Jérusalem, en signe d’humilité, nous dit Matthieu, citant la prophétie de Zacharie. Mais jusque là, point d’âne ou de bœuf, si ce n’est lorsque Jésus parle de lui, le plus humble des animaux, comme de celui que Dieu à jugé digne de bénéficier des faveurs de sa loi : celui que l’on détache pour le faire boire le jour du Sabbat.

L’animal de l’humilité, celui dont on ne fait pas cas. Avez-vous compris alors ce que nous dit le silence des évangiles sur l’âne de la crèche, comme sur le bœuf ?

Ce jour-là, en cet enfant dont on n’a pas fait cas, s’est passée cette chose inouïe : Dieu a rejoint tous ceux dont on ne fait pas cas, ceux qu’on ne mentionne même pas, comme l’âne, ou le bœuf. C’est ici que se passent les choses vraiment importantes. Le prophète Ésaïe l’avait dit : « le bœuf connaît son propriétaire, et l’âne la crèche de son maître : mon peuple ne connaît rien, mon peuple n’a point d’intelligence » (Ésaïe 1, 3). Mon peuple : nous les hommes, tellement au dessus du reste de la création et surtout des bêtes de somme, nous qui aimons tant passer pour sages, intelligents, brillants.

À ce sujet, il est aussi écrit, rappellera Paul : « je détruirai la sagesse des sages et j’anéantirai l’intelligence des intelligents » (1 Corinthiens 1, 19). C’est ainsi, précise l’Apôtre, que « Dieu a choisi les choses insignifiantes du monde, celles qu’on méprise, celles qui ne sont pas, pour réduire à rien celles qui sont, afin que personne ne se glorifie devant Dieu » (1 Corinthiens 1, 28-29).

Telle est « la sagesse de Dieu, mystérieuse et cachée. Aucun des princes de ce monde ne l’a connue » (1 Corinthiens 2, 7-8).

Voilà donc qu’ « il a plu à Dieu de sauver les croyants par la folie de cette parole. Car la folie de Dieu est plus sage que les hommes, et la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes » (1 Corinthiens 1, 21-25).

Nous savons à présent pourquoi l’âne n’apparaît pas dans les récits : pour que l’on sache où se passe ce qui est vraiment important.

« Mon peuple n’a point d’intelligence » ? constate Ésaïe. Alors « écoutez, mes enfants, répond la sagesse, la leçon d’un père, appliquez-vous à connaître ce qu’est l’intelligence » (Proverbes 4:1). « L’âne, lui, connaît la crèche de son maître ». Il ne cherche pas à briller, ni à ce qu’on le remarque. Et pour que l’on comprenne bien cela… Eh bien, on ne le voit pas ! Un seul vaut d’être contemplé et honoré — celui que dans d’étable, réchauffe l’haleine de l’âne. L’âne qui, ainsi, représente aujourd’hui tous ceux dont on ne fait pas cas.

Puissions-nous entendre le silence de l’âne, pas même mentionné, et y découvrir notre vraie place, auprès de Dieu qui nous a rejoints dans l’humilité de cet enfant.

Heureux celui qui s’efface devant l’enfant qui a fait de la crèche où il a été déposé l’endroit le plus important de l’histoire de l’univers. C’est là l’intelligence : savoir où est le seul vrai Dieu. Et c’est là la clef du bonheur

 

Prière des ânes

« Donne-nous, Seigneur, de garder les pieds sur terre,
et les oreilles dressées vers le ciel pour ne rien perdre de ta parole.

Donne-nous, Seigneur, un dos courageux

Donne-nous, Seigneur, d’avancer tout droit,
en méprisant les caresses flatteuses autant que les coups de bâton.

Donne-nous, Seigneur, d’être sourds aux injures, à l’ingratitude :
c’est la seule surdité que nous ambitionnons.

Ne nous donne pas d’éviter toutes les sottises,
car un âne fera toujours des âneries.

Donne-nous simplement, Seigneur,
de ne jamais désespérer de ta miséricorde,
si gratuite pour ces ânes si disgacieux que nous sommes,
à ce que disent les pauvres humains.

Lesquels n’ont rien compris ni aux ânes ni à toi,
qui as fui en Egypte avec un de nos frères,
et qui as fait ton entrée prophétique à Jérusalem
sur le dos d’un des nôtres. »

RP
Méditation de Noël,
Antibes, lundi 24 décembre 2007

 

 

 

 

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