L’Incarnation du Ressuscité

Luc 24, 36-48
36 Comme ils parlaient ainsi, Jésus fut au milieu d’eux et il leur dit : « La paix soit avec vous. »
37 Effrayés et remplis de crainte, ils pensaient voir un esprit.
38 Et il leur dit : « Quel est ce trouble et pourquoi ces objections s’élèvent-elles dans vos cœurs ?
39 Regardez mes mains et mes pieds : c’est bien moi. Touchez-moi, regardez ; un esprit n’a ni chair, ni os, comme vous voyez que j’en ai. »
40 Et disant cela, il leur montra ses mains et ses pieds.
41 Mais étant néanmoins incrédules, loin de la joie et ébahis, il leur dit : « Avez-vous ici de quoi manger ? »
42 Ils lui offrirent un morceau de poisson grillé.
43 Il le prit et mangea sous leurs yeux.
44 Puis il leur dit : « Voici les paroles que je vous ai adressées quand j’étais encore avec vous : il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. »
45 Alors il leur ouvrit l’intelligence pour comprendre les Écritures,
46 et il leur dit : « C’est comme il a été écrit : le Christ souffrira et ressuscitera des morts le troisième jour,
47 et on prêchera en son nom la conversion et le pardon des péchés à toutes les nations, à commencer par Jérusalem.
48 C’est vous qui en êtes les témoins. »

*

… Le Ressuscité, qui est là présent, donne à ses disciples de le découvrir dans la communion d’un repas partagé. Au concret de nos vies, le Christ de la résurrection nous a rejoints pour nous tirer de la mort.

Et c’est le moment où tout commence. Le début de l’histoire d’un monde nouveau. C’est d’un envoi en mission qu’il s’agit. Annoncer conversion, ouverture des intelligences, et par là pardon et renouveau donné à toutes les nations à commencer par Jérusalem.

Cet envoi se fonde sur la rencontre du premier envoyé, le Ressuscité. Envoyé pour rencontrer le monde, envoyé dans la chair jusqu’à la souffrance et à la mort. Rejoignant toutes les victimes des souffrances du temps — et là on pense à Haïti —, avec lui au jour de sa croix pour la promesse de leur résurrection.

De quoi est-il question, en effet ? Du Ressuscité, mais du Ressuscité venant bel et bien dans la chair ! Avec ce qu’elle peut avoir de souffrant. Expliquant et montrant qu’il n’est pas un esprit, mais qu’il a chair et os, ses mains et ses pieds blessés, et si cela ne suffit pas, partageant un repas pour que la rencontre soit effective.

Les disciples d’Emmaüs, eux, l’ont déjà rencontré, lors du partage du pain. Ils le savent, ils l’ont vécu, il est présent au milieu de nous, vivant ; et le même qu’hier, alors souffrant. Et lorsqu’ils disent leur expérience, les autres disciples, perçoivent bien quelque chose de cette présence. Mais ne saisissent pas… Un fantôme !

Effrayant, mais rassurant aussi — en ce sens que l’on n’est pas tout à fait dans l’inconnu. C’est dans l’ordre des choses : il y a des morts et la détresse, et il y a des vivants ; et parfois ils se croisent. Mais au fond, tout est à sa place. Les disciples en sont là…

Mais voilà que ce n’est pas à cela qu’ils ont affaire ici. C’est bien Jésus vivant qui est ici, leur offrant sa paix : « La paix soit avec vous ». C’est bien lui qui est présent au récit des pèlerins d’Emmaüs. Pas un fantôme, mais Jésus en chair et en os. « Vous voyez que je suis en chair et en os », leur dit-il ! Et il leur montre ses mains et ses pieds…

Ils voient bien, mais sont incrédules, abasourdis plus qu’autre chose. Le Ressuscité est présent au milieu d’eux, ils le perçoivent, mais ils ne l’ont pas rencontré ; contrairement aux disciples d’Emmaüs. Alors, il va leur offrir de le rencontrer. À nouveau dans un moment de partage au quotidien ; à l’occasion d’un repas. « Avez-vous ici de quoi manger ? »

Et Jésus partage leur repas, il en mange. Repas partagé, expérience de la rencontre : tout va changer. Alors leurs yeux s’ouvrent : « il leur ouvrit l’intelligence pour comprendre les Écritures », nous dit le texte.

Dès lors, ils ont rencontré le Ressuscité, et ils vont être envoyés à leur tour en son nom, témoins de la présence du Ressuscité venu nous rencontrer dans la chair de notre quotidien, venu avec nous jusqu’au cœur de la souffrance et de la mort selon les Écritures ; pour nous en arracher, nous donner le pardon qui nous sort de la mort par le changement de nos intelligences, le mot donné ici par conversion. Il s’agit de notre accès à la présence du Ressuscité.

Changement de nos intelligences : il s’agit de recevoir sa présence, d’entrer dans sa communion, de percevoir sa vie, concrète, au cœur de la nôtre ; dans un partage sans lequel on ne le perçoit pas en vérité. Or c’est là qu’est la vie et son fondement ; notre vie, notre sortie de notre mort.

Il est ici, et il n’est pas un esprit évanescent, il est vivant, il est le Vivant. Mais il ne suffit pas encore d’en admettre l’hypothèse, comme en théorie. Il s’agit de saisir cette autre dimension, cette promesse sur laquelle il ouvre ; il s’agit de le rencontrer. Il s’agit d’une conversion de nos intelligences, d’une ouverture nouvelle de nos intelligences qui nous permette du cœur de la détresse et du deuil, d’entrer dans sa présence.

Alors s’ouvre un monde nouveau, pour lequel il nous envoie à notre tour. Quiconque l’a rencontré est appelé du cœur de sa mort à vivre de sa vie — c’est vous, qui savez le Vivant au milieu de nous : vous êtes ses témoins.

R.P.
Vence, Semaine de l’unité, 16.01.10

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2 Réponses to “L’Incarnation du Ressuscité”

  1. merci Roland .
    As-tu un message sur les catastrophes naturelles ? J’ai essayé d’expliquer hier que  » depuis la chute  » la terre aussi était livrée à  » la main de l’homme  » mais je me suis emmêlée ds mes explications quand aux catastrophes dites naturelles comme un séisme .Tes messages à la fois profonds et concrets m’encouragent à chaque lecture à la louange et à la joie .

  2. À mon sens, pas de main de l’homme non plus que d’explication…
    « Ses disciples lui firent cette question : Rabbi, qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » (Jean 9, 2) – http://rolpoup1.zeblog.com/2008/03/02
    Et « ces dix–huit personnes sur qui est tombée la tour de Siloé et qu’elle a tuées, croyez–vous qu’elles fussent plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? » (Luc 13, 4) – http://rolpoup1.zeblog.com/2007/03/11
    Peut-on aller plus loin que ce fait brut : « jusqu’à ce jour, la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l’enfantement » (Ro 8, 21) ? – http://ktrolpoup.zeblog.com/2009/10/08

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