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La planète des singes et le paradoxe du mimétisme

Posted in Déroulement rolpoup, Films, Livres on jeudi 2 juillet 2009 by rolpoup

 

Dans un billet précédent, j’ai tenté de noter un rapprochement de La planète des singes, livre et films, d’avec la théorie de René Girard sur la violence, le mimétisme et le sacré.

Une approche naturellement ignorée par Pierre Boulle, qui ne connaissait pas la théorie que son compatriote avignonnais développerait bien après son œuvre à lui… L’approche est ignorée aussi des réalisateurs des films successifs, Schaffner et Burton. La dimension religieuse de la société des singes évolués n’apparaissant assez explicitement que chez ce dernier — une religion qui, de façon surprenante, ne connaît pas le sacrifice, contrairement à ce qu’il en est de toutes les religiosités classiques de l’humanité.

Voilà qui, par la bande, dénote, en regard de la théorie de René Girard, moins de violence à évacuer chez les singes que chez les hommes — le sacrifice en étant l’exutoire.

*

Apparaît en revanche nettement chez Boulle tout autre chose (une autre forme de violence, sous-jacente), aspect qui a été estompé chez ses interprètes cinématographiques : l’approche « racialiste » de la relation hommes-singes et de l’intérieur de la société des singes — avec ses trois races (chimpanzés, orangs-outangs, gorilles) et leurs spécialisations.

Une approche qui correspond sans doute au regard qui est celui de Boulle, homme de son temps — d’un temps colonial puis déjà post-colonial — sur les relations entre l’Occident et le reste du monde.

Un monde « racialisé », connotant « hiérarchies » des « races ».

*

Où l’on retrouve dans La planète des singes, mais façon métaphorique, ce qui est présent ailleurs dans l’œuvre de Boulle…

Quelques citations du Pont de la rivière Kwai :

— d’après un article intitulé « Pierre Boulle : un auteur racialiste » (http://adrien637.blogspot.com/2005/12/la-plante-des-singes-de-pierre-boulle.html) :

« De la bouche même de Nicholson [héros du livre] : « L’essentiel (…) c’est que les garçons sentent qu’ils sont toujours commandés par nous, et non par ces singes [les Asiatiques]. Tant qu’ils seront entretenus dans cette idée, ils seront des soldats et non pas des esclaves”.

Alors que Saïto menace les officiers à la mitrailleuse, un soldat s’adresse à Clipton : « Doc, ils ne vont pas!… Ce n’est pas possible! Ce singe jaune n’osera pas?… Et le vieux qui s’entête!”

Lorsqu’un britannique en mission de reconnaissance pour la destruction du pont revint raconter ce qu’il a vu, il dira : « Si vous aviez vu l’allure de ces sentinelles, sir ! Des singes déguisés. Une façon de traîner les pieds et de se dandiner qui n’a rien d’humain…”

Saïto fera un discours où il répétera à satiété, combien il hait les Britanniques. Les Japonais sont eux persuadés de leur ascendance divine. Lui prêtant une gestuelle des plus agressives, Boulle commente ainsi : « La brutalité de ses expressions et de ses gestes désordonnés devait cependant être attribuée à un reste de sauvagerie primitive.”

Le roman met indéniablement en scène la concurrence de deux civilisations définies sur une base raciale.

À propos de Nicholson : « Le résultat d’ensemble en arrivait à affecter seul son esprit, symbolisant et condensant en une structure vivante les efforts acharnés et les innombrables expériences capitalisées au cours des siècles par une race qui s’élève peu à peu jusqu’à la civilisation.”

De la bouche de Nicholson : « Vous savez, Reeves, je compte vraiment sur vous. Vous êtes ici le seul homme techniquement qualifié, et je vous laisserai une très grande initiative. Il s’agit de démontrer notre supériorité à ces barbares.” »

L’article en retire que pour Boulle « l’Occident possède en propre, des facultés qui lui sont exclusives. Ce n’est pas seulement une aide ponctuelle que Nicholson amena à l’Orient, il contribua à lui livrer un facteur central de la domination occidentale, qui sera mis à profit comme nous le savons par ces tigres économiques, sans qu’ils n’eurent à faire l’effort de le découvrir eux-mêmes. »

De sorte que Nicholson « contribuera à l’éducation à la science occidentale, d’une race qui gardera pour elle, les avantages qui lui sont propres : la capacité d’imitation, le conformisme social et l’abnégation asiatique. »

Et là, on a touché la question mimétique — la capacité d’imitation — le propre du simiesque !

Où le mimétisme est dévalorisant : on est loin du sens que lui donnera René Girard, lequel permet de faire apparaître le paradoxe qui est au cœur des romans de Boulle, et notamment de La planète des singes, où le simiesque est annoncé par le titre du livre et le nom de l’espèce vouée à supplanter les hommes : les singes, l’espèce mimétique.

« L’homme apprivoisa les singes, il entreprit même de leur montrer à parler. Ils apprirent et par imitation, ils réussirent à prendre sa place au faîte de sa propre civilisation. Cette relation de l’homme blanc et du singe dans le roman, illustre la relation dans le monde réel de l’homme blanc européen et de l’homme asiatique », écrit l’auteur de l’article déjà cité !

Le mimétisme comme signe d’une déficience, d’une inaptitude à inventer, le mimétisme comme alternative à l’intelligence humaine ou — selon le « racialisme » de l’époque dont Boulle est le témoin — occidentale.

Or ce qu’a montré depuis de façon impressionnante René Girard, c’est que le mimétisme est le propre de l’intelligence, et que l’intensité mimétique est le propre de l’intelligence humaine : l’homme a une plus grande capacité d’imitation. C’est pour cela qu’il a sa capacité d’invention, et corrélativement de violence insoluble, pouvant aller jusqu’à l’autodestruction du groupe ou de l’espèce, sauf à l’évacuer dans le dérivatif sacrificiel du bouc émissaire — cette pratique sacralisée dans la religion… et ignorée de la société des singes, dans toutes les œuvres issues du roman de Boulle ! Où les singes sont moins aptes au développement parce que moins simiesques, moins mimétiques que les hommes.

René Girard a posé un constat qui ruine le racialisme de l’époque de Boulle : la capacité d’imitation à partir d’un certain degré d’intensité est bien un signe d’intelligence humaine, un fondement de la culture et de la civilisation !

Un constat qui, parallèlement, donne une force supplémentaire au roman de Pierre Boulle, ce qu’en ont retenu les films successifs : l’intuition de la force destructrice du mimétisme humain, voire le passage à l’acte (la destruction par armes nucléaires du film de Schaffner) ouvre la place à des civilisations moins fatiguées par les excès du mimétisme culminant en violence — c’est le phénomène constant de la montée des barbares (comme pour les Romains… fatigués, remplacés par des peuples en phase d’acquisition du partage mimétique de leurs prédécesseurs)…

Mais contrairement à ce qu’il en serait d’un remplacement par des singes — mettons, pour maintenir la modernité du mythe, suite à des manipulations génétiques comme pour le film de Burton — ; contrairement donc à ce qu’il en serait pour des singes, peu de doutes que le mimétisme humain mène les remplaçants au même terme que les remplacés : humains, et donc intensément mimétiques, donc aptes au progrès, et à l’intensification de la violence…

À moins de se résoudre à recevoir le dévoilement de ce phénomène humain-là et d’opter pour un autre mode d’évacuation de la violence, celui qui a conduit le Christ à la croix.

 

 

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sur « 2001 : l’odyssée de l’espace »

Posted in Déroulement rolpoup, Films on lundi 15 juin 2009 by rolpoup

 

 

 

 

 

 

Et ensuite : http://rolpoup.blogspot.com/2009/04/2001-lodyssee-de-lespace.html
Voir : https://rolpoup.wordpress.com/2007/11/14/2001-lodyssee-de-lespace/
Et la partie finale avec musique de Pink Floyd (Echoes) : https://rolpoup.wordpress.com/2007/11/15/echoes/

 

 

La planète des singes

Posted in Déroulement rolpoup, Films on mercredi 10 juin 2009 by rolpoup

 

Le film de Franklin J. Schaffner (1968) :

 

 

Humains et dès lors plus violents que les singes,
parce que plus aptes au mimétisme… plus simiesques !

 

 

 

La planète des singes et l’humain mimétique

Posted in Déroulement rolpoup, Films, Livres on mardi 26 août 2008 by rolpoup

 

(La suite : ici)

À travers toutes les versions de l’histoire de La planète des singes – de celle du récit d’Ulysse Mérou selon Pierre Boulle, le modèle de départ, à celle mettant en scène l’astronaute Leo Davidson dans la dernière mouture, celle de Tim Burton –, une constante : l’homme comme animal mimétique.

Où l’on retrouve le concitoyen de Pierre Boulle, René Girard, originaire d’Avignon comme lui : ce qui caractérise l’humain dans le spectre du vivant, selon Girard, c’est l’intensité mimétique.

 

 

1963 : le roman de Pierre Boulle

Dans un voilier stellaire croisant au large de la Terre, un couple découvre une « bouteille à la mer » dans l’espace avec un message à l’intérieur : le récit d’Ulysse Mérou, un journaliste terrien, membre de la première expédition hors du système solaire lancée en 2500 par le professeur Antelle.
Une expédition humaine vers un autre système planétaire, celui de l’étoile Bételgeuse. À l’approche de celui-ci, le professeur Antelle et ses deux équipiers, son disciple le physicien Arthur Levain et le journaliste Ulysse Mérou, observent à la surface de l’une des planètes des agglomérations, des routes, ainsi que d’autres artefacts synonymes de la présence d’une civilisation.
Une surprise attend nos voyageurs : sur cette planète, l’espèce humaine existe également… Celle-ci cependant est peu évoluée et représente de beaux trophées potentiels pour les chasseurs,… des singes ! Les humains représentent, entre autres, un intéressant sujet d’expériences scientifiques dont Ulysse Mérou va faire les frais.
Les trois protagonistes ont été capturés par les maîtres de la planète : trois espèces simiesques proches de nos gorilles, orang-outangs et chimpanzés, doués du langage articulé, qui ont bâti une société au sein de laquelle chaque espèce possède ses domaines propres de spécialisation (sciences et techniques pour les chimpanzés, arts de la guerre pour les gorilles, religion, politique et justice pour les orang-outangs – ironie de Boulle sur la manie classificatrice dont le monde sort alors avec peine malgré la défaite du racisme nazi ?).
Revenu sur terre avec une humaine qu’il a nommée Nova, Mérou découvre que la Terre aussi est dominée les singes.
… On découvre à la fin du roman que le couple qui lit le récit est un couple de singes… »

 

 

1968 : le film de Franklin J. Schaffner

Découvert par Hollywood, « La planète des singes » fait rapidement l’objet d’une adaptation cinématographique, de la part de Franklin J. Schaffner, laquelle consacre l’un des plus grands rôles de Charlton Heston.

A l’époque des premiers voyages hors du système solaire, quatre astronautes se voient confier la mission d’explorer le système d’une étoile située dans la constellation d’Orion. Le voyage se termine en l’an 3979 par un crash sur une planète inconnue et la mort de l’un des astronautes. La planète sur laquelle débarquent les survivants est apparemment viable pour leur survie. Commence alors une longue exploration et la traversée d’une vaste étendue désertique, au cours de laquelle le moral des hommes est mis à rude épreuve, jusqu’à la découverte des premières formes de vie, puis d’une gigantesque oasis. Celle-ci est habitée par une espèce proche de l’espèce humaine – dotée de la parole, dans le film – , mais qui fuit rapidement à l’approche de cavaliers simiesques ! Capturé, Taylor (Charlton Heston) va devoir faire la preuve de son « humanité ». Mais certaines théories et certaines preuves risquent de déranger…
À la fin du film, Taylor, découvrant ce qui fut la statue de Liberté, aux trois-quart enterrée, comprend alors qu’il est revenu à son point de départ, après que vingt siècles se soient écoulés sur la Terre…

 

 

Le film en entier : ici.

 

Le film connaîtra plusieurs suites (sans compter une série télé). Les plus connues :
1970 : Le Secret de la planète des singes (Beneath the Planet of the Apes) de Ted Post
1971 : Les Évadés de la planète des singes (Escape From the Planet of the Apes) de Don Taylor
1972 : La Conquête de la planète des singes (Conquest of the Planet of the Apes) de J. Lee Thompson
1973 : La Bataille de la planète des singes (Battle for the Planet of the Apes) de J. Lee Thompson

 

 

2001 : l’adaptation de Tim Burton

En 2029, sur la station orbitale Oberon, un groupe d’astronautes forme des singes « bénéficiant » de manipulations transgéniques – à même de remplacer l’homme dans des missions spatiales à risque.
Les astronautes envoient le chimpanzé Pericles afin d’observer une tempête électromagnétique qui menace. Toutes les communications entre le primate et la station sont subitement interrompues et le vaisseau disparaît des radars. Désobéissant à ses supérieurs, Leo Davidson (Mark Wahlberg) embarque dans un des vaisseaux expérimentaux pour aller porter secours à Pericles.
Tout comme lui, il perd le contrôle des commandes et s’écrase dans les marais d’une forêt tropicale. L’intrépide pilote voit alors un groupe d’humains affolés foncer droit sur lui dans leur fuite, et se fait capturer avec eux par des singes parlants.
Avec l’aide de Ari, une chimpanzé fille d’un sénateur et militante pour les droits des humains (réduits en esclavage et perçus par les singes comme animaux parlant), Leo organise une fuite dont il prend la tête. Poursuivis par les troupes du Général Thade, ils rejoignent « la zone interdite », où Leo découvre… les ruines du vaisseau Oberon. Le journal de bord lui apprend que, parti à la recherche de Leo, le vaisseau s’était écrasé ; les singes améliorés ont fini par prendre le pouvoir sur les humains qui ont régressé et ont oublié leur passé au fil des siècles.

A l’issue de la bataille qui oppose les fugitifs à l’armée des singes, les deux espèces se réconcilient. Puis l’astronaute parvient à retourner sur Terre, grâce… à la navette de son singe qui atterrit au cœur de la bataille. Mais Leo découvre que, sur la Terre aussi, les singes sont devenus les maîtres…

(Cf. http://www.culture-sf.com/dossiers/planeteSinges/dossier_ps1.php ; http://www.philippe.heurtel.info/SingesIndex.htm ; http://www.cndp.fr/TICE/teledoc/plans/plans_planete.htm)

 

La relativité espace-temps

Dans le roman de Pierre Boulle, les trois hommes atteignent Bételgeuse au terme d’un voyage de deux ans à une vitesse proche de celle de la lumière (soit plusieurs siècles en temps terrestre).

Pour les quatre astronautes américains du film de 1968, qui partent pour la constellation d’Orion le voyage durera six mois (en hibernation), mais en temps terrestre c’est en 2673 qu’ils arriveront à destination. Ici aussi le fait que le voyage se déroule à une vitesse proche de celle de la lumière explique le décalage temporel.

Leo Davidson et le chimpanzé Pericles, eux, sont projetés dans le futur à cause d’une distorsion du tissu spatio-temporel provoquée par une tempête électromagnétique.

Dans les trois cas, on use de la théorie de la relativité pour un déplacement dans le futur.

Un futur qui réserve finalement quelle place à l’homme ?

 

L’ironie concernant la supériorité de l’évolution humaine

L’ironie est au cœur du roman de Pierre Boulle, ironie désabusée, qui n’est pas sans faire penser au pessimisme d’un Schopenhauer – quand les hommes semblent apathiques et dans l’ennui au point de ne pas résister à la montée des singes.

Ironie pleine d’humour aussi, quant à l’orgueil scientiste et dogmatique de l’être « au sommet de l’évolution ». Les scientistes parmi les singes ne se privent pas, par exemple, de remarquer que le singe est favorisé par rapport à l’homme par ses quatre pouces opposables aux autres doigts, au lieu de seulement deux pour les hommes ! Sans parler de son aisance à monter aux arbres, lui donnant d’emblée le sens d’une troisième dimension, la verticalité !…

Ce qui caractérise l’homme, c’est particulièrement sa violence…

 

La théorie mimétique (René Girard)

Précisons que René Girard n’est jamais nommé dans les versions successives de La planète des singes ! Mais dans les trois versions principales (de Boulle à Burton), la différence entre les hommes et les singes, fussent-ils extrêmement évolués et humanisés, recoupe étrangement la théorie de René Girard.

Les singes sont religieux – une religion messianique chez Tim Burton, où le nom même de Leo Davidson n’est peut-être pas indifférent : Lion (de Juda ?), fils de David… Les singes vénèrent Semos, père de tous les singes (premier révolté selon le carnet de bord de l’Obéron), dont ils attendent le retour, reconnu par certains singes dans l’arrivée opportune du vaisseau piloté par le chimpanzé Pericles, qui vient confirmer le rôle messianique de Leo Davidson…

Les singes sont religieux, donc, mais ne connaissent pas la pratique humaine universelle du sacrifice sanglant qui permet la mise entre parenthèses de la violence mimétique par laquelle les hommes d’entre-détruiraient !

C’est que les hommes se distinguent des singes par leur plus grande inventivité technique, et parallèlement par leur plus grande dangerosité, leur plus grande violence.

Or selon les réflexions de René Girard, c’est bien à leur mimétisme, leur capacité d’imitation (leur capacité à… « singer » !)… plus poussée que celle de singes, que les hommes doivent d’entrer et dans leur supériorité technique, et dans le cycle de violence mimétique, qu’ils détournent vers un bouc émissaire, puis vers les sacrifices qui le reproduisent… et que le Christ est venu dévoiler, ouvrant la possibilité qu’il soit mis fin au cycle sans fin de la violence…

Dans le film de Franklin J. Schaffner, c’est bien la violence des hommes qui a débouché sur leur destruction… nucléaire, qui a initié leur remplacement par les singes…

 

La suite : ici

 

 

Blade Runner

Posted in Déroulement rolpoup, Films, Musique on dimanche 20 juillet 2008 by rolpoup

 

 

Blade Runner. Film américain de Ridley Scott sorti en 1982 mais dont la dernière version (dite Final Cut) a été éditée en 2007 sur DVD. Libre adaptation du roman Do Androids Dream of Electric Sheep? (Les androïdes rêvent-ils de brebis électriques ?) écrit par Philip K. Dick en 1966, le film lui est dédié.

 

 

Dans les dernières années du 20ème siècle, des milliers d’hommes et de femmes partent à la conquête de l’espace, fuyant les mégalopoles devenues insalubres. Sur les colonies, sont conçus les « répliquants », des androïdes capables de travailler et d’assister les êtres humains, dont rien ne peut les distinguer.
Los Angeles, 2019. Après avoir massacré un équipage et pris le contrôle d’un vaisseau, les répliquants de type Nexus 6, le modèle le plus perfectionné, sont désormais déclarés « hors la loi ». Quatre d’entre eux parviennent cependant à s’échapper et à s’introduire dans Los Angeles. Un agent d’une unité spéciale, un blade-runner, est chargé de les éliminer. Selon la terminologie officielle, on ne parle pas d’exécution, mais de retrait…

 

Le film Blade Runner est actuellement disponible avec deux fins (principale différence entre les deux versions, la version « cinéma » de 1982 et la version Director’s cut de 1992). Mais il existe six versions, six montages différents du même film.
La fin dite alternative a été voulue par les producteurs de la Warner Bros, pour éviter au public d’être choqué par un héros (joué par Harrison Ford) paraissant lâche, faible et désabusé dans un univers sombre et peu engageant.
Affolés par la très mauvaise opinion générale, les producteurs ont donc remonté — sans l’accord du réalisateur Ridley Scott — la fin, en ajoutant une voix-off afin de « permettre au spectateur de mieux comprendre le film ». Dix ans plus tard, Ridley Scott pourra reprendre le montage de son film mais la Warner, voulant à nouveau faire valoir son droit sur le film, posa un ultimatum au réalisateur qui dut — pour pouvoir tenir le délai — abandonner une partie de la restauration.
La dernière version du film est parue en France le 5 décembre 2007, en version simple et en coffret, pour célébrer le 25e anniversaire du film. Ce dernier regroupe toutes les versions du film.

 

Inspiré du roman de Philip K. Dick, Ridley Scott propose un film sombre, plongé dans un avenir proche chaotique, caractérisé principalement par la déliquescence de la planète Terre et la fuite des humains vers l’espace et Mars en particulier pour une colonisation en masse.
Les hommes ont créé les « répliquants » humanoïdes.
Mais inévitablement la machine ayant remplacé l’homme, la machine dépasse l’homme… Pour contrer les rébellions, des unités spéciales sont chargés de « retirer » les répliquants de leurs services. Deckard (Harrison Ford), en vieux flic retiré du métier, joue un rôle de marginal, rappelé pour ses qualités et son efficacité, désabusé, abattu, il se lance dans une nouvelle quête de rédemption personnelle qui va le conduire jusqu’à une nouvelle perception de sa propre vie :

 

À la Tyrell Corporation, Deckard rencontre Rachel, une répliquante qui se croit humaine et dont il tombe peu à peu amoureux. Par la suite, Rachel prendra conscience de sa nature de répliquante. Deckard sera dès lors chargé de l’éliminer elle aussi, mais ne pourra s’y résoudre.
Les androïdes sont mus par leur recherche de la vérité et essaient de trouver les explications sur eux-mêmes dans une profonde quête. Ils cherchent un moyen de vivre plus longtemps et gravissent un à un les échelons vers la connaissance, mais leur destin (la mort) les rattrape… En effet, au fil des années, ils semblent développer des sentiments et prennent conscience de leur propre fin « programmée »…
Quant à Deckard, il en apprend progressivement plus sur lui-même au contact de ces humanoïdes dont l’ « humanité » est parfois plus forte que celle des Blade Runners !…

 

La bande originale du film a été composée par Vangelis.

 

 

« Il lui fut donné d’animer l’image de la bête, afin que l’image de la bête parle et fasse mettre à mort tous ceux qui ne se prosterneraient pas devant l’image de la bête. » (Apocalypse 13, 15)

 

 

 

Le paradoxe du temps

Posted in Déroulement rolpoup, Films, Musique on samedi 16 février 2008 by rolpoup

 

 

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Giacometti, L’homme qui marche

 

Dans Retour vers le futur (film de Robert Zemeckis), Martin McFly (Michael J. Fox), adolescent des années 1980, se retrouve projeté accidentellement en 1955. (En 1955, le Martin McFly de 1985, communément Marty, devient — pour sa future mère qui a pris la marque des sous-vêtements du jeune homme pour son nom — « Pierre Cardin » ; ou en anglais « Calvin Klein ».)

Lors du bal du lycée où ses futurs parents viennent de s’embrasser — prélude à leur mariage — sur un slow qu’il vient d’interpréter à la guitare, Marty interprète dans un second temps Johnny B. Goode.

On est en 1955. Marty est à la guitare parce qu’il vient de remplacer Marvin Berry blessé à la main. Pendant que Marty joue un Johnny B. Goode en clin d’œil à son auteur Chuck Berry et à un de ses interprètes, Jimi Hendrix, Marvin Berry téléphone à Chuck (son cousin dans le film), pour lui faire écouter ce morceau qu’il composera… en 1958.

C’est un Johnny B. Goode évoquant la version revisitée par Jimi Hendrix en 1970 que Marty vient d’interpréter en 1955, trois ans avant qu’il ne soit composé par Chuck Berry en 1958…

 


Johnny B. Goode
par Jimi Hendrix

 

Johnny B. Goode dans Retour vers le futur

 


Johnny B. Goode
par Chuck Berry

 

Le paradoxe temporel est un thème récurrent tout au long des trois épisodes du film. Le « Doc » Emett Brown l’explique d’ailleurs brillamment à Marty dans le second volet lorsqu’ils se retrouvent confrontés à deux futurs différents à cause d’un événement ayant malgré eux modifié le passé.

Jusqu’à la publication de la théorie de la relativité, la définition de l’univers selon Isaac Newton était celle communément acceptée par la communauté scientifique de l’époque. Selon Newton, les concepts d’espace et de temps sont totalement distincts et indépendants. L’espace se représente en 3 dimensions et le temps est quant à lui invariable. Ce dernier ne serait ni plus ni moins qu’une grande horloge universelle définissant un temps universel. D’autre part, le physicien soutenait que la vitesse de la lumière était infinie. Mais la théorie de la relativité vient quelque peu contredire tout cela.

En 1905, Albert Einstein publie sa théorie de la relativité restreinte. De cette théorie on peut retenir quelques petites choses importantes:
– Rien ne peut se déplacer plus vite que la lumière, seule la lumière ou d’autres phénomènes sans masse intrinsèque peuvent l’atteindre.
– Il n’y a pas de temps absolu (ce qui signifie que des horloges identiques aux mains d’observateurs différents ne devraient pas forcement indiquer la même heure).Quelle que soit la vitesse d’un observateur, la lumière, à la différence d’une avalanche par exemple, le coursera toujours à la même vitesse, soit approximativement 300000km/s. La conséquence directe est que: plus un objet se déplace vite, plus le temps s’écoule lentement pour lui. Ce phénomène n’est pas subjectif mais bien réel et peut être vérifié par des expériences très simples.
En 1916, Einstein complète ses théories en publiant cette fois la théorie de la relativité générale, théorie phare de la science du XXe siècle.
Cette dernière nous apprend principalement que l’espace-temps n’est pas un plan, il est plus ou moins courbé selon la distribution de masse, ce qui signifie plus simplement que plus un corps est dense plus il courbe l’espace-temps.
Bref, le temps est relatif : le voyage dans le temps est théoriquement possible.

Les paradoxes temporels
À moins que le physicien Stephen Hawking n’ait raison en affirmant que « la meilleure preuve qu’un voyage dans le temps est impossible est que nous n’avons pas été envahis par des hordes de touristes du futur »…
À moins qu’Hawking n’ait raison, nous voilà confrontés à ce paradoxe temporel : revenir dans le passé pourrait permettre de modifier des événements futurs !

Le paradoxe du grand-père
X a un grand-père
X revient dans le passé et tue son grand-père avant que ce dernier ait eu un enfant
X ne peut pas exister
X ne tue pas son grand-père
X existe
X revient dans le passé et tue son grand-père avant que ce dernier ait eu un enfant
X ne peut pas exister
X ne tue pas son grand-père
X existe
Etc…

Le paradoxe de l’écrivain
Cette fois-ci, X donne à son grand-père un livre best-seller dans le futur. Le grand-père recopie le livre et fait fortune avec. Le paradoxe ici est que ce livre n’aura jamais été créé mais juste recopié.

Les mondes parallèles
C’est donc là qu’interviennent les mondes parallèles. Les théories dans lesquelles ils apparaissent tendent à montrer que le voyage dans le temps s’effectue entre différents mondes parallèles. On a ainsi la solution aux paradoxes temporels. En effet, X revient dans le passé et tue son grand père. Mais ce grand-père vit dans un monde parallèle. Par conséquent, X n’existera pas dans ce monde parallèle mais il existe bien dans le monde parallèle d’où il vient.
La même explication peut être appliquée au paradoxe de l’écrivain. Le livre est copié dans un monde parallèle et créé dans l’autre.

 

L’interprétation de Johnny B. Goode par Marty avant sa création par Chuck Berry offre alors en un pied de nez la « résolution » du jeu du paradoxe temporel sur lequel repose le film…

 

 

 

2001 : l’odyssée de l’espace

Posted in Déroulement rolpoup, Films on mercredi 14 novembre 2007 by rolpoup

 

 

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2001 : l’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, 1968.



«Les scènes fortes, celles dont vous vous souvenez, ne sont jamais des scènes où les gens se parlent, ce sont presque toujours des scènes de musique et d’images», a dit un jour Kubrick.

Arte : «En ce sens, 2001: l’odyssée de l’espace est certainement le film le plus abouti de l’histoire du cinéma; la musique et les images forment ensemble un spectacle chorégraphique qui dépasse l’expérience verbale.»
(http://www.arte.tv/fr/cinema-fiction/Stanley-Kubrick/
Les-films/350328,CmC=1734230.html
)


Une expérience visuelle

Stanley Kubrick : « (…) 2001 est fondamentalement une expérience visuelle, non verbale. Le film évite la formulation verbale en termes conceptuels, et atteint le subconscient du spectateur de manière poétique et philosophique. Il devient ainsi une expérience subjective qui touche le spectateur sur un mode de conscience interne, comme la musique ou la peinture. »
(Extrait de l’entretien de Stanley Kubrick avec Joseph Gelmis, in The Film Director as Superstar, 1970, repris dans Positif, n° 464, octobre 1999.
http://www.cndp.fr/tice/teledoc/dossiers/dossier_2001odyssee.htm)

« J’ai essayé de créer une expérience visuelle, qui contourne l’entendement et ses constructions verbales, pour pénétrer directement l’inconscient avec son contenu émotionnel et philosophique. J’ai voulu que le film soit une expérience intensément subjective qui atteigne le spectateur à un niveau profond de conscience, juste comme la musique ; « expliquer » une symphonie de Beethoven, ce serait l’émasculer en érigeant une barrière artificielle entre la conception et l’appréciation. Vous êtes libre de spéculer à votre gré sur la signification philosophique et allégorique du film, mais je ne veux pas établir une carte routière verbale pour 2001 que tout spectateur se sentirait obligé de suivre sous peine de passer à côté de l’essentiel ».
(http://sfstory.free.fr/films/kubrick01.html)


2001.jpg

 

Scénario — explicitation « littérale »

Stanley Kubrick parle de « 2001 », extrait d’un article de Joseph Gelmis, paru dans Newsday du 4 Juin 1968 :


Chacun a sa théorie au sujet de la signification de « 2001 : l’odyssée de l’espace ». Comment Stanley Kubrick explique-t-il le rôle de l’aventure dans son film ?

« C’est là où vous entrez dans ce qu’on pourrait appeler la zone fertile de l’ambiguïté », déclare Stanley Kubrick. « Parce qu’il y a une explication très simple et très littérale au niveau le plus élémentaire possible du scénario. Un objet a été laissé sur terre par des explorateurs extraterrestres, il y a cinq millions d’années. Un autre objet a été laissé sur la Lune afin de pouvoir marquer le premier pas trébuchant de l’homme dans le cosmos. Un autre a été placé sur l’orbite autour de Jupiter pour servir de relais ».
(http://sfstory.free.fr/films/kubrick01.html)


C’est La Sentinelle, une nouvelle de science-fiction d’Arthur C. Clarke, qui a inspiré 2001 : l’odyssée de l’espace. Elle a été écrite en 1948 et publiée en 1951 :

Une équipe d’astronautes atterrit sur la lune, part en expédition et y découvre une pyramide sur la plate-forme d’une falaise. Le narrateur y voit le symbole d’une intervention extra-terrestre, et imagine (ou devine) qu’il s’agit d’une sentinelle, placée là pour savoir quand les humains auront atteint cet endroit, et seront donc devenus une civilisation intelligente.
(http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Sentinelle_%28nouvelle%29)

Selon Clarke (co-scénariste et interlocuteur privilégié de Kubrick),
le scénario s’écarte de son texte original et ce dernier écrira par la suite un roman éponyme, lui-même assez différent du film. Clarke jugeait certaines scènes trop hermétiques et en donna une version plus explicite : pour lui, le thème global est de montrer l’humanité conduite dans une évolution perpétuelle par des forces extra-terrestres jamais nommées mais bien présentes. Leur intervention se situe dès les premiers hommes et se symbolise par l’apparition d’un monolithe noir à chaque étape cruciale de cette évolution.
(http://sfstory.free.fr/films/kubrick01.html)

Kubrick :
« […] je ne vois pas d’inconvénients à en parler, au niveau le plus élémentaire : je veux dire en vue d’une simple explicitation de l’intrigue. Elle commence par un artefact laissé sur terre il y a quatre millions d’années par des explorateurs extraterrestres venus observer le comportement des hommes-singes de l’époque, et qui avaient décidé d’influencer le cours de leur évolution.
Puis vous trouvez un second artefact enterré sur la Lune et programmé pour donner le signal des premiers pas de l’homme dans l’univers. C’est une sorte de clairon cosmique.
Et, finalement, vous avez un troisième artefact placé en orbite autour de Jupiter dans l’attente du moment où l’homme aura atteint la limite extrême de son propre système solaire.
Quand l’astronaute qui a survécu, Bowman, finit par atteindre Jupiter, l’artefact l’entraîne dans un champ de forces, à travers des espaces intérieurs et extérieurs, et le transporte finalement dans une autre partie de la galaxie. Là, il est placé dans un zoo humain, en quelque sorte un hôpital, un environnement terrien tiré de ses propres rêves et de son imagination. Le temps n’existe pas : sa vie passe de l’âge mûr à la vieillesse et à la mort. Il renaît en un être amélioré, un enfant-étoile, un ange, un surhomme si vous voulez, et retourne sur terre prêt pour la nouvelle étape de l’évolution et de la destinée humaines. »
(Extrait de l’entretien de Stanley Kubrick avec Joseph Gelmis, in The Film Director as Superstar, 1970, repris dans Positif, n° 464, octobre 1999.
http://www.cndp.fr/tice/teledoc/dossiers/dossier_2001odyssee.htm)

L’ordinateur

Le vaisseau « Discovery », qui embarque cinq cosmonautes, dont trois en hibernation, à destination de Jupiter (vers où le monolithe trouvé sur la Lune émet des signaux), est entièrement supervisé par le superordinateur HAL 9000.
HAL signifie « Heuristically programmed ALgorithmic computer ». Dans la version française HAL 9000 devient CARL 500, CARL soit « Cerveau Analytique de Recherche et de Liaison ».
On s’est très vite aperçu que l’acronyme HAL correspondait à IBM par décalage d’un rang de chacune des lettres (H->I, A->B, L->M), et que ce n’était peut-être pas un hasard. Stanley Kubrick et Arthur C. Clarke ont toujours démenti cette allégation. Cela ne pose plus de problème depuis qu’IBM s’est dit flatté du rapprochement. (En 1982, dans 2010 : Odyssée deux – cf. 2001-3001, Les Odyssées de l’espace, éd. Omnibus, 2001, p. 308 – un personnage de Clarke jugera ce rapprochement absurde.)

Doté de « réactions humaines », HAL est un précieux compagnon jusqu’au jour où l’un de ses pronostics se révèle erroné. (On a commis l’erreur « d’introduire dans sa programmation tout ce qu’on sait, tout ce qu’on suppose des monolithes » – et que les astronautes ignorent. « Fatale erreur »… écrit J. Goimard dans Une Odyssée formelle, introduction à A. C. Clarke, 2001-3001, Les Odyssées de l’espace, éd. Omnibus, 2001.)
Le soupçonnant de « mauvaises intentions », les deux cosmonautes envisagent secrètement de le déconnecter… Ils ont coupé les micros mais HAL a lu sur leurs lèvres.

HAL
parvient à tuer quatre des leurs avant de « mourir » lui-même, désactivé, « lobotomisé ».


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En pénétrant dans l’unité centrale de la machinerie pour y désactiver un à un les modules correspondant à ses fonctions supérieures (« higher brain functions »), l’astronaute Dave Bowman éveille chez HAL un sentiment de détresse et des affects régressifs qui se traduisent, notamment, par une chansonnette (« Daisy, daisy… » — en français : « Au clair de la lune ») interprétée d’une voix de plus en plus ralentie. C’est en plongeant progressivement dans l’équivalent d’un état végétatif qui le condamnera à l’exécution stupide de tâches automatisées, que HAL parvient à exprimer de la manière la plus convaincante l’expérience d’une auto-affection fondamentale. « My mind is going, I can feel it… » : et HAL a peur (« I’m afraid, Dave… »).
(http://ciepfc.rhapsodyk.net/article.php3?id_article=138)

 

*


« Lorsqu’il arrive sur Jupiter, l’astronaute est jeté dans un champ de forces qui l’entraîne dans une autre dimension spatio-temporelle à un autre endroit de la galaxie. Il est mis dans ce qui est l’équivalent d’un zoo humain pour y être étudié. Sa vie se passe dans cette pièce et cela ne lui semble durer qu’un instant. Il se peut qu’il y passe toute sa vie normale ou bien qu’elle soit télescopée ou encore qu’elle soit réduite à quelques minutes. Il meurt et il renaît sous une forme supérieure. Il revient sur Terre comme ange ou comme surhomme, ou du moins transfiguré. Au niveau le plus simple, c’est ce qui « arrive ». Mais le fait que l’on n’utilise pas de mots et que l’événement ait vraiment des résonances lointaines, est positif.

A d’autres niveaux, le film signifie tout ce que l’on peut ressentir à son sujet. Je ne pense pas devoir m’appesantir au-delà de ce niveau élémentaire. Bien entendu, toute impression que vous pouvez ressentir à l’égard du film est valable si elle ne contient pas de contradiction. S’il a de l’effet sur vos émotions sur votre subconscient, sur vos aspirations mythologiques, alors il a réussi. »

(http://sfstory.free.fr/films/kubrick01.html)


Mythologie

« Tout ce qui est au-delà de l’entendement humain semble magique. Il y a une tonalité religieuse dans le film qui se retrouve dans la quête par l’humanité d’une rencontre avec un être supérieur.

Une fois que vous êtes lancé dans des méditations, une fois que vous vous dites, bon, l’univers est probablement rempli de civilisations évoluées, parce qu’il y a cent milliards de galaxies dans l’univers visible, certains de ces mots doivent se situer à un niveau que l’esprit humain ne peut concevoir. Ces êtres auraient probablement des pouvoirs incompréhensibles. Ils pourraient être en communication télépathique à travers l’univers entier. Ils pourraient avoir la capacité de façonner les événements d’une façon qui nous semble divine. Ils pourraient même représenter une sorte de conscience immortelle qui fasse partie de l’univers.

Quand vous commencez à vous intéresser à ce genre de sujet, les implications religieuses sont inévitables, parce que tous ces caractères sont ceux que l’on attribue à Dieu. Ainsi voilà donc, si vous le voulez, une définition de Dieu parfaitement scientifique. »

(http://sfstory.free.fr/films/kubrick01.html)


 

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À ce point, on est bien dans le domaine d’une nouvelle mythologie, où le divin, l’angélique, se dit dans de nouvelles catégories, celles des cosmologies post- / coperniciennes, galiléennes, newtoniennes et einsteiniennes.

La fin du géocentrisme aristotélicien et ptoléméen, annoncée par Copernic, ouvre l’espace d’une véritable nouvelle angélologie. Dans le système aristotélicien médiéval, les planètes et leurs sphères sont les signes des Intelligences célestes, les anges, qui les meuvent dans un mouvement circulaire imitant la perfection divine — Le Paradis de la Divine Comédie de Dante en est l’expression poétique.

La fin du géocentrisme signe la fin de cette angélologie… et ouvre à une nouvelle forme de conception des Intelligences célestes — « extra-terrestres ». Une première esquisse de cette nouvelle approche est donnée par Giordano Bruno, qui renoue de la sorte avec une hypothèse déjà avancée par les premiers « matérialistes » de l’Antiquité, comme Démocrite : les astres pourraient abriter des créatures intelligentes semblables aux créatures humaines…

La lunette de Galilée scellera en 1609 la fin du géocentrisme, demandant de nouvelles explications cosmologiques. La théorie de Newton fera date, consacrant la similitude entre la Terre et les autres planètes du système solaire, ou d’autres systèmes solaires. Voltaire, newtonien, pourra alors imaginer son conte Micromégas, présentant l’arrivée sur Terre de deux géants originaires de Sirius et de Saturne.

Dorénavant, l’ange médiéval est relégué dans son passé pré-copernicien… au profit d’un ange « scientifique », l’extra-terrestre, bientôt doté des mêmes fonctions que ses prédécesseurs médiévaux : « sentinelle », veilleur, guide, inspirateur, etc.

Quant à sa fonction psychologique, elle a valu une réflexion de Jung : son livre Un mythe moderne. Sa dimension religieuse et mythologique a fini, on le sait, par donner naissance aux mêmes déviations que toutes les religions, et à des sectes.

N’en demeure pas moins une fonction mythologique redevenue, par ce biais, possible à l’ère scientifique.

Où l’on retrouve le monolithe de Clarke et Kubrick… et 2001 qui l’exploite à merveille.

Cela couplé à la mythologie techniciste de l’ordinateur « vivant » — où l’on retrouve la question du livre de Philip K. Dick intitulé : « les androïdes rêvent-ils de brebis électriques » (Do Androids Dream Of Electric Sheep ? — adaptation cinématographique de Ridley Scott : Blade Runner)…

Il est vrai que le monolithe présent aux moments tournants du développement technique et des progrès humains est, comme l’ordinateur, un artefact…

RP